Sur cette petite route du Gansu, nous avons fait connaissance avec le monde paysan.
D'abord en altitude et en terrains accidentes, la route n'a en effet cesse de descendre laissant apparaitre de tres nombreuses terrasses et champs cultives.
Le travail aux champs occupe toute la famille, du plus grand au plus petit ! Les villageois semblent travailler dur et par tous les temps, les champs sont en permanence occupes par quelques personnes s'affairant a la recolte des legumes et cereales, ou a retourner la terre. Choux, pommes de terre, aubergines, haricots, mais, piments, salades ... les legumes sont tres varies.
Les charrues sont tirees par de gros boeufs, un cheval ou parfois meme entrainees par quelques personnes a l'aide d'une corde ! On peut voir de nombreux anciens, hommes ou femmes, revenir de loin et a pied. Sur leur dos, un volumineux sac en paille rempli de pommes de terre ou autres legumes, ou rempli de bois pour le feu ...
On pense souvent a l'air de Brassens : "avec une beche a l'epaule, avec a la levre un doux chant, avec a l'ame un grand courage, il s'en allait trimer au champ" !
Passant d'un vallon a l'autre, ou meme entre deux villages, on observe les visages ainsi que les attitudes changer.
Dans certains villages d'altitude les enfants ont l'air effraye de nous voir passer, et il est dur de faire naitre un sourire aux adultes qui ont l'air de se dire: "mais qui sont-ils, que font-ils ici, d'ou viennent-ils et ou vont-ils ?" On retrouve ce meme etonnement dans les supermarches des villes ou regulierement une bonne dizaine d'employes nous observent, mais avec un peu plus de retenue cependant. De rayons en rayons, ils font mine de ranger quelques produits a cote de nous pour nous regarder discretement ! On se met alors a jouer a cache cache avec eux entre les rangees, ce qui finit en bonne partie de rigolade ...
Dans d'autres villages notre passage provoque les eclats de rire des petits et des grands. A l'heure du retour de l'ecole, une troupe de gamins peut alors se former et nous suivre, en courant ou a bicyclette. Quel que soit l'etat de la bicyclette d'ailleurs, trop petite, trop grande, avec ou sans pneu ! Un jour un garcon timide d'une dizaine d'annee nous a suivi sur plus de vingt kilometres.
Ces differentes reactions restent pour nous une stimulation.
Il y a cependant quelques paroles qui nous titillent un peu : on entend quotidiennement crier 'Meigogen! Meigogen!' (Americain!). Pour les gens d'ici, un occidental est un americain ... :-/.
Le temps est tres pluvieux depuis quelques temps. Les pistes nous offrent alors une gadoue de premier choix, splendide et profonde, depuis laquelle les pauvres cyclistes sont eclabousses de la tete au pieds par les camions passant a vive allure ... on est beaux quand on arrive dans les hotels.
Bloques par la pluie, nous sommes restes plusieurs jours dans un village dont nous avons visite l'ecole. Le directeur nous recoit alors autour d'un the, comme il est generalement d'usage en Chine. La discussion ne pouvant pas aller bien loin avec lui, il va chercher la professeur d'anglais .... Elle arrive alors, un grand sourire aux levres et on discute un moment. Pour notre plus grand bonheur elle nous invite dans sa petite chambre pour le dejeuner : les enseignants habitent ici dans l'ecole, ils ont tous une petite chambre qu'on pourrait qualifier "d'etudiants" dans laquelle, entre les quatre petits murs, le lit et le bureau se trouve une vieille table sur laquelle ils font la cuisine. Ils voient leur famille uniquement le week-end.
Les eleves commencent a 6h30 le matin (7h pour les plus petits ...), finissent a 17h30 et il y a aussi une classe pour les grands de 19h30 a 21h. Si les petits rentrent chez eux tous les soirs, les plus ages habitent la semaine dans les dortoirs de l'ecole et se font eux-meme a manger a midi dans des pieces consacrees a la cuisine. Ils ramenent le dimanche de la maison les legumes dont ils ont besoin pour la semaine.
Nous n'avons pas assiste a des lecons en direct car nous avons visite les classes entre midi et deux heures. Celles-ci sont remplies d'eleves studieux qui font leur devoirs ; la professeur d'anglais nous dit que c'est parce qu'ils doivent travailler dur ...
Bien sur nous avons visite uniquement cette ecole du village, ce qu'on raconte n'est peut etre pas valable pour toutes les ecoles de Chine !
Nous mangeons toujours dans les petits restaurants qui proposent des plats a environ 5 Yuan (soit 50 centimes d'euro) . La plupart du temps les cuisines sont visibles depuis la salle, et on peut admirer la fabrication de pates ! Selon l'humeur du cuisinier ou les habitudes du village, elles ont une forme differente. S'il etire la pate, la replie sur elle-meme maintes et maintes fois, cela donne des spaguettis. En realite c'est un unique spaghetti qui est fabrique et il ne faut surtout pas s'amuser a vouloir le tirer car c'est tout le plat qui vient ... On peut aussi prendre toute la pate dans une main et de l'autre, couper des petits carres a une vitesse admirable ... enfin, il arrive qu'on la rape, ce qui donne des spaguettis un peu plus larges ...
Nous mangeons donc souvent des soupes de nouilles, des nouilles sautees au legumes et aussi du riz saute a l'oeuf. La cuisine est delicieuse, mais plus on arrive vers la province du Sichuan, plus c'est epice ! Vu l'hygiene assez precaire observee et la douteuse conservation de la viande, notre regime alimentaire s'est modifie : nous sommes devenus vegetariens. Expliquer en arrivant dans un restaurant que l'on veut la meme chose que le voisin, mais non epice et sans viande releve parfois de la gageure ...
Ces petits restos sont bien differents des restaurants chinois en occident. Nul decor au murs et au plafond. Des murs qui ont peut-etre ete blancs un jour, des tables jamais vraiment bien nettoyees, un vieux ventilo croulant sous la crasse noire, des petits tabourets, un sol parseme de crachats et vieux mouchoirs, des baguettes soigneusements trempees dans une eau incertaine ... on en est quand meme arrive a acheter nos propres baguettes ! Une fois accepte cet etat de fait, on y apprecie l'atmosphere agreable et conviviale, ou de nombreuses personnes viennent prendre leur dejeuner ou diner. C'est dans ces endroits la que l'on fait les meilleures rencontres, breves mais authentiques ...
D'autres lieux a l'hygiene assez delicate, ou l'on fait des rencontres certes un peu moins sympathiques, sont les toilettes. Ce sont bien souvent des rangees de trous dans une planche de bois, sous laquelle reposent une bonne quantite d'excrements qui mettront du temps a se decomposer, et qui laissent une odeur presque insupportable. Quelquefois des petits murets separent les trous, mais pas toujours. Quelle intimite ! On connait bien les chinois accroupis ... !
Ce matin on demande a un jeune garcon la direction d'un cybercafe. On croit comprendre qu'il nous propose de le suivre et qu'il va nous y conduire, comme cela se passe souvent. On emboite alors son pas, que l'on trouve tres rapide et on le suit a la trace. On se sourit, echange des regards. Toujours pas de cyber ... Ou va-t-il nous embarquer ? Toujours rien mais on continue de l'accompagner a toute allure ... Finalement il ne nous regarde plus, a l'air un peu perdu, se decale sur la route et saute dans un bus, nous laissant ahuris sur le trottoir ! Ah ... il va falloir faire des progres en chinois ... Il ne nous avait pas du tout propose de le suivre ! Ce pauvre garcon a du se demander pourquoi deux etrangers le suivaient a la trace aussi ostensiblement et d'un pas si decide :-).
La barriere de la langue conduit regulierement a des incomprehensions comme celle-la, qui nous mettent bien souvent dans des situations plutot comiques. Combien de fois au restaurant on s'est retrouve avec des plats jamais souhaites car on a eu le malheur de vouloir connaitre le nom d'un aliment !